La dignité humaine est-elle reconnue dans nos prisons ?

par Solange Pourveur - 2 janvier 2026

Dans son dossier thématique « La privation de liberté, les prisons et les détenus », Justice-en-ligne a consacré plusieurs articles à la situation fortement problématique des prisons belges et de leurs détenus, s’agissant principalement de leurs conditions de détention.
Face à la dégradation de celles-ci, Solange Pourveur, pour la Commission de surveillance de la prison de Lantin qu’elle préside, tire la sonnette d’alarme. Elle est également vice-présidente de l’association des visiteurs francophones de prison de Belgique.

1. Dans chaque prison du pays, le législateur a de longue date mis sur pied une Commission de surveillance pénitentiaire (voir sur Justice-en-ligne : Réginald de Béco, « Les Commissions de surveillance des prisons : un outil méconnu de soutien aux détenus »).

Ces commissions, composées de citoyens bénévoles, engagés veillent au respect des droits et de la dignité des personnes détenues en prison. Ses membres, appelés « commissaires », visitent régulièrement l’établissement pénitentiaire, contrôlent les conditions de détention et peuvent même servir de médiateur ou examiner les plaintes des détenus grâce à un commission des plaintes (voir sur Justice-en-ligne : Simon Scouflaire, « Les Commissions des plaintes et les Commissions d’appel auprès des établissements pénitentiaires »).

Chaque commission de surveillance est indépendante de l’administration pénitentiaire et du SPF Justice. Ses membres sont nommés par le Conseil central de surveillance pénitentiaire dépendant du Parlement fédéral.

2. La commission de surveillance de Lantin souhaite tirer la sonnette d’alarme quant aux conditions de détention. La surpopulation au 15 décembre y atteint 149 % au total et 190 % en Maison d’arrêt, à savoir l’établissement qui accueille principalement les détenus en attente de jugement et les condamnés à de courtes peines.

3. Sous une législature précédente, l’ancien ministre de la Justice Vincent Van Quickenborme a imposé d’exécuter les peines de prison de moins de trois ans.

Cette décision a obligé la direction de la prison de Lantin à transformer toutes les cellules de la maison d’arrêt (détenus en attente de jugement) en cellules à deux détenus.

Ces dernières semaines, la situation s’est encore aggravée à Lantin puisqu’un troisième détenu vient parfois partager l’espace déjà extrêmement exigu avec pour lit un matelas posé au sol.

Peut-on raisonnablement penser que trois détenus cohabitant 24 heures par jour dans une cellule de 9 m2, vivent dans des conditions conformes à la dignité humaine comme l’exigent les textes internationaux et nationaux auxquels notre État de droit souscrit ?

Et les agents pénitentiaires ?

4. La surpopulation pose des problèmes quotidiens pour la gestion de la prison. Il est évident qu’un tel regroupement ne saurait qu’alimenter la violence et augmenter l’insécurité tant des détenus que des agents.

À Lantin, le cadre du personnel n’est pas complet, mais, de plus, n’augmente pas proportionnellement à la surpopulation.

5. Dans son rapport annuel de 2024, page 37, le Conseil central de surveillance pénitentiaire (CCSP) aborde cette problématique. Il y souligne les difficultés de recrutement, mais aussi le manque de maintien en poste. De nombreux jeunes agents quittent rapidement leur fonction après un premier engagement. Ces recrues manquent de formation et d’expérience. La pression psycho-sociale y est bien souvent trop lourde à supporter.

Quant à la direction de la prison, quel que puisse être son engagement positif, elle ne dispose parfois plus comme outil de gestion d’équipe qu’un merci ou une tape dans le dos

6. Les responsables politiques doivent agir et pas seulement en mettant en place des « mesurettes ». La prison n’a pas ou plus les moyens de jouer un rôle effectif dans la future réinsertion des détenus. Elle génère au contraire des conditions de vie parfois indignes pour les détenus, un mauvais environnement de travail pour le personnel pénitentiaire, contribuant in fine à l’insécurité tant du personnel que de chacun d’entre nous.

7. Certains pays comme les Pays-Bas, avec des peines de courte durée et une gestion adéquate des peines liées à la drogue, ou la Norvège, avec une incarcération centrée autour de la réinsertion, ont réussi à faire chuter leurs taux de criminalité et de récidive.

Ne pourrait-on pas s’inspirer de ces modèles ?

8. Dans l’immédiat, il faut revenir à une capacité carcérale raisonnable définie par le biais de quotas et utiliser si nécessaire davantage des mesures alternatives (les peines de travail, la surveillance électronique, etc.).

9. Malgré des demandes répétées, la question de la surpopulation carcérale n’a toujours pas trouvé de réponse politique pérenne et adéquate. Il est pourtant urgent d’agir.

Une prison ne peut fonctionner sans respecter la dignité humaine tant du personnel que des détenus !

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Solange Pourveur


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Vice-présidente de l’association des visiteurs francophones de prison de Belgique et présidente de la Commission de surveillance de la prison de Lantin

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