La Cour européenne des droits de l’homme valide la condamnation de syndicalistes liégeois

7 mars 2025

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En octobre 2015, le syndicat socialiste FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) n’est pas d’accord avec différentes décisions du gouvernement concernant la limitation de différentes dépenses publiques (par exemple la limitation du recours aux préretraites ou encore la baisse de la durée des indemnités de chômage). Un syndicat, c’est un ensemble de personnes qui se réunissent pour défendre leurs droits.

Comment le syndicat a-t-il réagi ? Rapidement, la FGTB a lancé une grève générale et planifié différentes actions. L’une de celles-ci va particulièrement provoquer d’importantes perturbations de la circulation en région liégeoise.

Blocages

La FGTB décide de bloquer un centre commercial à Herstal (Liège). Elle y installe des piquets, c’est-à-dire des groupes de personnes en grève qui occupent les locaux ou les environs de leur entreprise pour empêcher l’accès des travailleurs à ces locaux. Ce centre commercial est proche des voies d’accès à l’autoroute A3/E40. Vers 5h30’, des manifestants décident de bloquer l’autoroute à hauteur du pont de Cheratte. Pendant plusieurs heures, plus d’une centaine de personnes installent des barricades auxquelles elles mettent le feu. Cela provoque un bouchon de 400 kilomètres sur l’autoroute.

Les conséquences en sont multiples : aucun véhicule ne passe, ni véhicules de secours, ni véhicules de la police. Une situation qui pourrait mettre des usagers en danger.

« Entrave méchante à la circulation »

Identifiés, seize manifestants, dont le président du syndicat socialiste, sont une première fois condamnés par le Tribunal de première instance de Liège pour « entrave méchante à la circulation ». Ils écopent d’une peine de prison de quinze jours à un mois (avec un sursis de trois ans) et d’amendes de 1.200 à 2.100 euros. Ces peines et amendes sont ensuite confirmées par la Cour d’appel (en 2021), puis par la Cour de cassation , qui rejette leurs recours .

Répétant qu’ils estiment que ces peines sont contraires aux libertés syndicales et à leur liberté d’expression, les syndicalistes s’adressent ensuite à la Cour européenne des droits de l’homme .

Le 16 janvier 2025, à son tour, celle-ci leur donne tort. Elle précise bien qu’ils n’ont pas été condamnés parce qu’ils ont mené une action de grève ni parce qu’ils ont exprimé leurs opinions. Ils ont été condamnés parce qu’ils ont participé à un blocage de la circulation et que celui-ci a créé une situation qui pouvait être dangereuse. Précisions encore : ce blocage n’était ni annoncé ni permis. Il était aussi sans lien avec les revendications mises en avant pour les différentes actions syndicales.

La Cour européenne des droits de l’homme confirme donc la condamnation pour « entrave méchante à la circulation ». Elle explique que le droit de grève n’inclut pas celui de bloquer, sans autorisation, la voie publique et de paralyser la circulation sur un grand axe autoroutier pendant plusieurs heures, ce qui crée une situation dangereuse.

La Cour reconnait qu’elle fait ingérence dans la liberté de réunion mais elle défend prioritairement l’ordre et la protection des droits et libertés d’autrui, de tous… Elle souligne encore qu’il ne faut pas « perdre de vue les conséquences importantes et parfois très graves que le blocage total d’un grand axe autoroutier peut entraîner pour les autres individus non concernés par l’action ».

Sanction exceptionnelle

La Cour précise encore que recourir à une sanction pénale doit être et rester exceptionnel mais que, vu les circonstances, les peines décidées par les différentes juridictions belges ne sont pas excessives. Elles ont aussi été fixées individuellement, en fonction du degré d’implication des différents participants au blocage.

Cet arrêt , rendu devant une des chambres de la Cour européenne des droits de l’homme, pourrait encore être contesté devant sa Grande Chambre, dans les trois mois après l’arrêt.

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